ENSEIGNEMENT. Le proviseur du lycée professionnel d’Aizpurdi, Bernard Cabos-Duhamel, livre sa vision de la réforme du bac (Recueilli par Fabien Jans – Sud Ouest – 28/01/20020)

Bernard Cabos-Duhamel participait hier à Bayonne, au salon EducAdo organisé par les colléges et lycées du Pays Basque.

Les protestations contre les modalités du nouveau bac, dont les premières épreuves communes, les EC3 se tiennent cette semaine, ont été observées par Bernard Cabos-Duhamel proviseur du lycée professionnel Aizpurdi d’Hendaye. Avec une curiosité non dénudée de circonspection.

« Sud Ouest » La réforme du baccalauréat concerne-t-elle aussi les bacs professionnels ?

Bernard Cabos-Duhamel. Dans l’enseignement général, on fustige apparemment le côté inégalitaire entre les établissements, du contrôle continu. Mais dans l’enseignement professionnel, cela fait des dizaines d’années que cela existe, sans que cela n’ait soulevé le moindre problème de conscience. L’égalité entre le lycée professionnel d’Hendaye et celui de Bordeaux n’a pas intéressé personne jusqu’alors.

Comment cela se passe-t-il en lycée professionnel ?

Le bac pro fonctionne à 80% en CCF (contrôle en cours de formation, NDRL), le lien entre les établissements, c’est le programme. Cela se passe très bien, même si le taux de réussite est inférieur à celui observé sur les filières générales. Ce qui tendrait à démontrer que le niveau d’exigence n’en pâtit pas. Celui ou celle qui ne travaille pas régulièrement se fait automatiquement coincer. De l’autre côté, le contrôle continu valorise l’élève assidu qui, face à une épreuve du bac, pour diverses raisons, aurait pu chuter.

La réforme portait également sur la « transformation de la voie professionnelle ». Quels effets aura-t-elle sur le lycée Aizpurdi ?

Cela nous conduit à la création d’un nouveau bac professionnel : le bac pro coiffure. Jusqu’à maintenant, il fallait faire un CAP sur deux ans puis partir (ou rester) au CFA pour deux ans de brevet professionnel qui équivalait à un bac pro, très porté sur la pratique mais qui posait un problème quand aux connaissances théoriques, notamment en termes de gestion d’entreprise. Avec le bac pro que nous mettons en place à la rentrée prochaine, l’idée est d’investir sur le futur BTS, qui arrivera dans les prochains mois et qui sera notamment axé sur la reprise d’entreprises. C’est un besoin qui va grandir dans les prochaines années, tout comme celui d’avoir des coiffeurs capables de manager des équipes. Dans le cadre de ce bac, l’année de seconde prend pour cadre la famille des métiers de la beauté et du bien être. C’est difficile à mettre en place, mais cela ouvre des perspectives pour les élèves, vers les nouveaux métiers de cette filière : la thalasso, le coaching, la diététique. Autant de secteurs qui se réinventent.

En quoi la réforme vous a-t-elle facilité la tâche ?

De façon globale, on est sur une libéralisation de la voie professionnelle avec l’arrivée massive de l’apprentissage et la construction de passerelle entre la formation initiale et la formation professionnelle. Avec des possibilités de retour de l’un à l’autre plutôt inédites. Concrètement, les neuf CFA du rectorat de Bordeaux et les trois Greta ont fusionné pour devenir le Greta CFA d’Aquitaine. L’ensemble des établissements liés au Greta peuvent désormais ouvrir une section CFA en leur sein. Soit de manière indépendante, à condition de pouvoir assumer finanacièrement, soit en profitant de la possibilité d’intégrer des élèves apprentis dans les classes des bac pro. On pourrait craindre, dans ce cadre, la multiplication des formations sans véritable cadre. Mais il n’est tout d’abord pas question de se concurrencer les uns les autres. Et le garde-fou sera celui de l’examen. Si un centre de formation envoie sans cesse ses élèves au casse-pipe, il ne passera pas sous les radars.